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L'équipe technique vue comme un orchestre

Un compte-rendu de la conférence de Adriana Vizinho sur les process au sein des équipes techniques.

Un compte-rendu de la conférence de Adriana Vizinho sur les process au sein des équipes techniques.

À première vue, on pourrait se demander quel rapport il peut bien y avoir entre un orchestre et une équipe technique. Adriana Vizinho a su répondre à cette question en nous montrant que ces deux mondes, aussi différents qu’ils paraissent, ont en fait pas mal de points communs. Les deux univers ont des processus importants, mais ils n’ont pas du tout le même impact.

Les similitudes…

Que ce soit dans un orchestre ou dans une équipe technique, les processus jouent un rôle rassurant et donnent une structure. Ils aident à faire tourner la machine, que l’on soit musicien, développeur, ou manager. Ces processus permettent d’organiser les équipes de façon claire et hiérarchisée.

Prenons l’exemple de l’orchestre : le chef d’orchestre s’appuie sur le premier violon, qui sert de guide aux autres musiciens. Et puis, il y a aussi le valet, qui assure que tout le monde est bien accordé. Dans une équipe technique, ce rôle revient au CTO (Chief Technical Officer), qui se repose souvent sur les responsables d’équipe (leads) pour guider et encadrer l’équipe.

Les processus définissent également la place de chacun selon ses compétences, ce qui assure que tout le monde travaille de manière cohérente. L’idée est de permettre à tous de contribuer à un objectif commun : jouer une partition (ou développer selon des spécifications techniques), le chef d’orchestre ou le manager s’adaptant aux capacités de ses musiciens ou de ses développeurs.

… et les différences

Mais alors, pourquoi un orchestre semble toujours capable de jouer une partition jusqu’au bout, tandis que nos projets techniques accumulent généralement les retards, voire échouent ? Adriana a exploré cette question et a donné quelques pistes de réflexion. Ce n’est pas forcément que nos processus sont mauvais, mais parfois, ils sont simplement trop nombreux, ou pas assez pertinents.

Voici quelques points qu’elle a soulevés :

  • Dans un orchestre, tout le monde sait clairement quel est son rôle et quels sont les objectifs. Bien avant le début des répétitions.
  • Les compétences individuelles et collectives sont connues et permettent d’adapter la partition si nécessaire.
  • Respecter la planification est primordial. Le public a payé pour voir l’orchestre, et il s’attend à une performance à l’heure prévue.

Les processus, dans un orchestre, sont clairs et bien définis. Dans une équipe technique, on se retrouve fréquemment face à des processus qui s’empilent, comme un mille-feuille indigeste, et que plus personne ne comprend vraiment.

L’intelligence d’action

Un autre point clé qu’Adriana a mis en avant, c’est l’importance de l’engagement individuel et de la cohésion d’équipe. Ce qui compte avant tout c’est le résultat final. Ici, pas de place pour l’ego ou l’orgueil : chacun met ses ambitions personnelles de côté pour l’objectif commun. Chaque musicien connaît ses propres forces et faiblesses, mais aussi celles de ses coéquipiers. Cela pousse à une écoute attentive des autres et à ce qu’on appelle l’intelligence d’action.

L’intelligence d’action, c’est la capacité à prendre des décisions soi-même, en fonction de ses compétences, et pas uniquement en suivant ses qualifications professionnelles. C’est l’initiative personnelle qui sert le collectif.

Adriana a raconté une anecdote pour illustrer ce concept. Lors d’une représentation, une erreur s’était glissée dans les partitions : certains feuillets avaient été échangés avec ceux d’un autre musicien. La catastrophe semblait inévitable, et l’orchestre risquait de s’arrêter. Mais le premier violon, agissant vite et avec intelligence, a pris la bonne feuille, l’a pliée en avion en papier et l’a envoyée au musicien concerné. Grâce à ce geste simple et efficace, l’orchestre a pu continuer comme si de rien n’était. C’est là toute l’idée : une action individuelle qui sauve la performance collective, basée sur des compétences parfois inattendues (comme savoir faire un avion en papier).

Connaître ses équipes

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, un chef d’orchestre ne maîtrise pas forcément tous les instruments qu’il dirige. En fait, c’est assez rare. Mais ce qu’il sait, c’est qui sont les meilleurs musiciens, leurs forces et leurs faiblesses. Il connaît son équipe sur le bout des doigts, et c’est cette connaissance qui lui permet de tirer le meilleur de chacun et d’obtenir le meilleur résultat possible.

De la même manière, un manager technique n’a pas besoin d’être expert dans chaque domaine. Ce qui compte, c’est de savoir quelles sont les compétences des membres de son équipe. Un bon manager (qu’il soit lead, chef de projet, ou CTO) doit savoir sur qui s’appuyer, comprendre les dynamiques d’équipe, et avoir une vue d’ensemble. Cela permet de créer une relation de confiance et d’accorder plus de liberté d’action aux membres de l’équipe. C’est là que l’intelligence de situation prend tout son sens.

Le rôle du manager, c’est de canaliser tout cela pour que l’équipe fonctionne en harmonie, comme une partition bien jouée. Quand chacun est responsabilisé et impliqué, le besoin de processus diminue. L’initiative individuelle devient alors une règle implicite, naturellement acceptée et encouragée.

Conclusion

La conférence d’Adriana nous a permis de pointer du doigt un problème récurrent dans les équipes techniques : la gestion des processus. Ce qui les différencie des orchestres, c’est que dans un orchestre, les processus permettent de responsabiliser chaque membre et de clarifier leur rôle. Dans nos équipes techniques, en revanche, les processus finissent souvent par faire l’inverse.

Un exemple classique : quand un processus aboutit à une erreur, l’individu s’en dédouane fréquemment en disant « J’ai suivi le process, ce n’est pas ma faute ». Au lieu de simplifier, on ajoute des couches supplémentaires. Ce qui finit par rendre le processus encore plus lourd et incompréhensible. Mais cela ne règle pas le problème de fond, car il est toujours plus facile de blâmer le processus que de prendre ses responsabilités.

Adriana a également souligné une autre différence importante : dans un orchestre, si ça ne fonctionne pas, c’est le chef d’orchestre qui est tenu responsable. Il n’a pas su anticiper ou encourager l’action individuelle. Dans nos métiers, la faute retombe encore trop souvent sur le dernier maillon de la chaîne.

Pour conclure, voici la phrase qui résume bien cette conférence :

Quand on responsabilise les individus et qu’on encourage l’initiative personnelle et l’action collective, les processus deviennent rarement indispensables.